Sous les Étoiles de Haute-Provence : Deux Joyaux Astronomiques sur le Pays de Manosque

  • Saint-Michel l'observatoire

Sous les Étoiles de Haute-Provence : Deux Joyaux Astronomiques aux Portes de Manosque

Les Alpes-de-Haute-Provence, berceau d'un ciel d'exception

À une quinzaine de kilomètres seulement de Manosque, le pays de Haute-Provence abrite deux sites astronomiques d'une valeur exceptionnelle. L'un est mondialement connu pour avoir changé notre compréhension de l'univers ; l'autre est né de la passion obstinée d'un homme ordinaire devenu tailleur d'étoiles. Ensemble, ils font de ce territoire l'un des lieux les plus remarquables d'Europe pour l'observation du ciel nocturne.

L'Observatoire de Haute-Provence et le Centre d'Astronomie de Saint-Michel-l'Observatoire

Une histoire née des étoiles et de la Résistance

Au nord-est de Manosque, sur un plateau calcaire boisé de chênes à 650 mètres d'altitude, l'Observatoire de Haute-Provence (OHP) veille depuis bientôt un siècle. Sa genèse est à la fois scientifique et humaine. La décision de le construire est prise à l'été 1936, à l'initiative du gouvernement du Front populaire, sur proposition d'un comité scientifique dirigé par Jean Perrin. Le site de Saint-Michel-l'Observatoire est retenu le 9 novembre 1936 pour la pureté remarquable de son atmosphère.

Les travaux débutent en 1937, mais la Seconde Guerre mondiale ralentit considérablement leur avancement. Dans une anecdote qui illustre bien l'esprit des lieux, les ouvriers locaux construisirent un mur bas à travers la colline — sans autre utilité que de les préserver du Service du Travail Obligatoire imposé par Vichy. Malgré tout, le premier grand télescope de 120 cm est installé en 1941, et les premières publications scientifiques issues de l'OHP paraissent dès 1944.

Un observatoire qui a changé l'histoire de l'astronomie

L'OHP n'est pas un observatoire comme les autres. C'est ici, en 1995, qu'a été détectée la première exoplanète en orbite autour d'une étoile semblable au Soleil : 51 Pegasi b. Cette découverte, réalisée par Michel Mayor et Didier Queloz à l'aide du télescope de 1,93 mètre, a révolutionné l'astronomie moderne et valu à ses auteurs le prix Nobel de physique en 2019. Depuis lors, l'observatoire n'a cessé de rayonner à l'international, accueillant des chercheurs du monde entier.

Aujourd'hui rattaché au CNRS et à l'Institut Pythéas, l'OHP dispose d'un parc d'instruments impressionnant : télescopes de 1,93 m et 1,52 m, un T760, un T600, des Dobsons et des jumelles géantes Fujinon. Ses missions vont bien au-delà de la seule astronomie : depuis les années 1970, une station de recherche atmosphérique y est active, utilisant des techniques LIDAR, de spectrométrie et de lâchers de ballons stratosphériques. Sous l'impulsion de Gérard Mégie, l'OHP est devenu dans les années 1980 le site de référence mondial pour les télémesures des caractéristiques atmosphériques. En 2017, plusieurs de ses coupoles et instruments ont été inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

En moyenne, 60 % des nuits par an sont propices à l'observation, avec les meilleures conditions en été et en automne.

Le Centre d'Astronomie : la science partagée avec tous

En 1998, sur le plateau du Moulin à Vent, à quelques centaines de mètres de l'observatoire de recherche, est né le Centre d'Astronomie de Saint-Michel-l'Observatoire. Sa vocation est radicalement différente : non plus réservé aux chercheurs, il s'adresse à tous les publics — scolaires, familles, curieux et passionnés.

Le Centre d'Astronomie propose tout au long de l'année des activités variées : observation du soleil avec un sidérostat, veillées nocturnes aux télescopes encadrées par des médiateurs scientifiques, conférences et séances de planétarium. En 2022 a été inauguré un planétarium de 64 places équipé d'une projection 8K, l'un des plus performants d'Europe, qui emporte ses visiteurs dans un voyage immersif à travers l'espace.

De juillet à mi-septembre, le festival de l'Été Astro anime le plateau de nuits des étoiles et de rencontres scientifiques, transformant le lieu en véritable fête populaire dédiée au ciel.

L'Observatoire de Puimichel : la passion d'un homme devenue légende

Un village perché entre lavande et coupoles

À une vingtaine de kilomètres de Manosque, perché sur le plateau de Valensole, le village de Puimichel semble tout droit sorti d'une carte postale provençale : ruelles en escaliers, chapelle Saint-Elzéar couronnant la colline, moulin restauré, champs de lavande à perte de vue. Mais ce qui surprend le visiteur, ce sont les coupoles blanches qui se détachent sur le ciel bleu — les dômes de l'Observatoire de Puimichel.

L'aventure incroyable de Dany Cardoen

L'histoire de cet observatoire est avant tout une histoire d'homme. En 1982, Dany Cardoen, ancien dessinateur industriel belge, s'installe à Puimichel avec un projet fou : tailler lui-même un miroir de télescope d'un mètre de diamètre, à la main, et construire son propre observatoire. Six ans plus tard, en 1988, le pari est tenu. Le télescope, dont le miroir primaire mesure 106 cm de diamètre pour une masse totale de 4 500 kg, est installé sous une coupole au sommet du village. Il demeure aujourd'hui l'un des plus grands télescopes amateurs au monde accessibles au grand public.

L'aventure ne s'arrête pas là. À Puimichel, on fabrique désormais des miroirs optiques de précision destinés à des observatoires du monde entier. Artisanat d'excellence, savoir-faire unique : ce petit village provençal est devenu un centre de taille optique de réputation internationale.

Les Coupoles de Puimichel : une association au service du ciel

En avril 2013, une dizaine d'astronomes amateurs du village ont fondé l'association « Les Coupoles de Puimichel » pour protéger et transmettre ce patrimoine exceptionnel. Le site dispose notamment du T106, l'un des plus grands réfracteurs amateurs d'Europe. Les soirées d'observation y sont organisées à la demande tout au long de l'année, de 22h à 0h30, par tous les temps clairs. Pour 20 euros (10 euros pour les moins de 15 ans), les visiteurs peuvent pointer les grandes lunettes vers la lune, les planètes, les nébuleuses et les galaxies, s'initier au maniement d'un Dobson de 50 cm sur la terrasse, et repartir avec leur propre photo de la Lune. Une collection de météorites complète l'expérience.

Un territoire béni des dieux — et des astronomes

Ces deux sites partagent un trésor commun : un ciel d'une pureté exceptionnelle. Les Alpes-de-Haute-Provence, avec leur faible densité de population, leur relief et leur ensoleillement remarquable — environ 300 jours de soleil par an — bénéficient d'une pollution lumineuse quasi nulle. Plusieurs communes du département sont d'ailleurs labellisées « Villes et Villages Étoilés » pour leur engagement dans la protection du ciel nocturne.

Le pays de Manosque se trouve ainsi à l'épicentre d'un territoire astronomique unique en France, entre la rigueur scientifique de l'OHP héritier d'une longue tradition du CNRS, et la passion artisanale et citoyenne de Puimichel. Pour l'amateur comme pour le profane, une nuit sous ces étoiles-là change à jamais le regard porté sur l'univers.

Pour visiter : Le Centre d'Astronomie de Saint-Michel-l'Observatoire (04 92 76 69 69 — www.centre-astro.com) propose des animations toute l'année sur réservation. L'Observatoire de Puimichel organise des soirées d'observation à la demande (07 61 50 32 80).