Environnement (parcs, faune, flore)

Deux parcs naturels régionaux qui se font face de part et d'autre d'une même rivière, un plateau, des gorges profondes de 700 mètres, une forêt-galerie, des pelouses sèches : le Pays de Manosque est presque entièrement couvert par des espaces protégés. On ne s'en aperçoit pas toujours, parce que ces paysages sont habités, cultivés et parcourus depuis des siècles. C'est précisément ce qui fait leur valeur.
Tout ici se lit à partir de la Durance. Elle sépare le parc naturel régional du Luberon, sur la rive droite, du parc naturel régional du Verdon, sur la rive gauche. Des berges de la rivière aux crêtes du Luberon oriental, qui dépassent 700 mètres, les milieux s'étagent en quelques kilomètres seulement : forêt-galerie d'aulnes et de peupliers, terres irriguées, chênaie verte, garrigue, pelouses sèches, puis falaises calcaires. Cette compression des milieux sur une faible distance explique en grande partie la densité d'espèces du territoire.
Deux parcs naturels régionaux, une rivière entre les deux

Le Luberon, sur la rive droite
Créé en 1977, le parc naturel régional du Luberon fut le dix-septième parc naturel régional français. Il couvre 185 145 hectares à cheval sur le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence, et s'arrête à la Durance. C'est son extrémité orientale que l'on parcourt ici : des collines plus douces que le Grand Luberon, plantées d'oliviers et de vignes, entaillées de vallons et coiffées de villages.
Volx en est l'une des communes membres. Le rocher qui domine le village culmine à 727 mètres et porte plus de cent voies d'escalade, dont quelques-unes comptent parmi les plus difficiles de France. Manosque, de son côté, est comprise dans le périmètre de la réserve naturelle géologique du Luberon.

Le Verdon, sur la rive gauche
Le parc naturel régional du Verdon est né du décret du 3 mars 1997. Il rassemble 46 communes, 27 dans les Alpes-de-Haute-Provence et 19 dans le Var, pour 188 000 hectares et environ 30 000 habitants seulement. C'est un territoire vaste et peu peuplé, ce qui explique en partie la richesse de sa faune.
Le parc distingue sept paysages, dont plusieurs se trouvent dans le Pays de Manosque : le plateau de Valensole et ses 800 kilomètres carrés de terres à lavande et à blé, le lac de Sainte-Croix aménagé en 1974 sur 2 200 hectares, les basses gorges entre Quinson et Esparron-de-Verdon, et le grand canyon lui-même, cinquante kilomètres de calcaire creusés jusqu'à 700 mètres de profondeur. Neuf sites Natura 2000 y sont recensés.
La Durance, la rivière qui relie tout
Longtemps rangée avec le Parlement et le mistral parmi les trois fléaux de la Provence, la Durance a façonné le territoire autant qu'elle l'a menacé. Elle descend des Alpes chargée de galets et de limons, s'étale dans une plaine large de plusieurs kilomètres et change de lit au gré des crues. Les aménagements du XXe siècle, barrages et canal usinier, ont domestiqué son débit sans effacer sa nature : entre Manosque et Oraison, elle coule encore en tresses, entre des bancs de galets nus et des îles de saules.
Cette rivière est le principal corridor écologique de la région. Sa forêt-galerie d'aulnes, de peupliers et de saules abrite le castor d'Europe, le martin-pêcheur, le milan noir et des colonies de guêpiers qui creusent leurs terriers dans les berges meubles. Les bancs de graviers, remaniés à chaque crue, servent de sites de nidification à des oiseaux qui ne s'installent nulle part ailleurs. La basse et la moyenne Durance sont intégrées au réseau européen Natura 2000.
Une réserve de biosphère reconnue par l'UNESCO
Le Luberon est classé réserve de biosphère par l'UNESCO depuis 1997, reconnaissance étendue en 2021 à la montagne de Lure voisine. Le label ne protège pas une espèce en particulier mais un équilibre : il distingue les territoires où l'activité humaine, agriculture, pastoralisme et tourisme, coexiste avec des milieux naturels remarquables. C'est exactement ce que l'on observe ici, où les oliviers, les vignes et les champs de lavande font partie du paysage protégé.
Une mosaïque de milieux, du bord de l'eau aux crêtes
En partant de la Durance et en montant vers les collines, on traverse en une heure de marche quatre univers végétaux distincts. Chacun a sa lumière, ses odeurs et ses habitants, et chacun dépend autant du calcaire et de la sécheresse que des usages humains qui l'ont façonné.
La forêt-galerie
Aulnes, peupliers blancs et saules forment le long de la rivière un ruban humide et frais, en pleine Provence sèche. C'est le milieu le plus riche en oiseaux du territoire, et le plus fragile : il dépend directement du niveau de la nappe.
La chênaie
Le chêne vert occupe les versants exposés au sud, le chêne pubescent les ubacs plus frais, le pin d'Alep les terrains remués. Sangliers, chevreuils, écureuils et pics y vivent à quelques minutes des villages.
La garrigue et les pelouses sèches
Thym, romarin, genévriers et touffes d'aphyllanthe sur un sol maigre et caillouteux. Ce paysage ouvert n'est pas naturel : il a été créé par des siècles de pâturage et se referme dès que les troupeaux disparaissent.
Les plateaux cultivés
Lavandin, blé dur, amandiers et haies coupe-vent dessinent sur Valensole et Montfuron un milieu agricole à part entière, dont les lisières et les talus abritent insectes, alouettes et guêpiers.
La faune : où porter le regard
On n'observe pas la faune ici comme dans une réserve africaine : rien ne se montre au premier regard. Mais quelques milieux concentrent l'essentiel, et il suffit de savoir où lever les yeux et à quelle heure sortir.

Les falaises, domaine des rapaces
Les parois calcaires du Verdon et les barres rocheuses du Luberon offrent des vires inaccessibles et des courants ascendants : les grands planeurs y ont trouvé un territoire sur mesure. Le vautour fauve, disparu de Provence depuis plus d'un siècle, a été réintroduit dans le grand canyon à partir de 1999, rejoint quelques années plus tard par le vautour moine. Les oiseaux, qui parcourent des dizaines de kilomètres par jour, passent régulièrement au-dessus des crêtes du secteur.
Plus discrets, le faucon pèlerin, l'aigle royal et le grand-duc d'Europe nichent dans les mêmes falaises. C'est pourquoi certaines voies d'escalade et certains sites sont fermés au printemps : la période de nidification ne supporte aucun dérangement.

Dans les collines, à la tombée du jour
Les mammifères se montrent à la lisière du jour et de la nuit. Sangliers, chevreuils, renards et blaireaux fréquentent les lisières de chênaie, les vignes et les bords de champs ; à la sortie des villages, les chauves-souris chassent les insectes autour des lampadaires dès les premières chaleurs.
Le plein soleil appartient aux reptiles et aux insectes. Sur les murets et les pierriers, lézards et couleuvres prennent la chaleur du calcaire ; dans la garrigue, cigales, mantes religieuses, criquets et papillons composent l'essentiel de la vie visible entre midi et seize heures. Cette faune-là n'est pas spectaculaire, mais elle est partout, et elle se laisse observer sans matériel.
Trois lieux pour comprendre la nature d'ici

La Thomassine, maison de la biodiversité
Sur les hauteurs de Manosque, cette ancienne ferme est devenue le verger conservatoire du parc naturel régional du Luberon. On y a rassemblé des centaines de variétés fruitières anciennes de Provence, pommes, poires, amandes, figues, prunes, que plus personne ne cultivait et qui auraient disparu sans ce travail de collecte.
Le lieu se visite principalement dans le cadre de visites guidées, d'ateliers et d'événements saisonniers, dont la traditionnelle fête de la pomme et des greffes. Le programme est publié par le parc du Luberon ; le bureau d'information de Manosque renseigne sur les dates en cours.
La réserve naturelle géologique du Luberon
Manosque et plusieurs communes voisines sont comprises dans le périmètre de cette réserve nationale, gérée par le parc du Luberon. Elle protège des gisements fossilifères remarquables : empreintes d'oiseaux et de mammifères, poissons, insectes et feuilles conservés dans des calcaires en plaquettes vieux de plusieurs dizaines de millions d'années, quand la région était occupée par de grands lacs. Ces fossiles sont intégralement protégés : on les observe et on les photographie, on ne les prélève pas.
Les bords de Durance
C'est le terrain d'observation le plus accessible du territoire, et le plus sous-estimé. Des chemins plats longent la rivière et les canaux au départ de Manosque, de Volx et de Sainte-Tulle. Tôt le matin, on y entend et voit davantage d'oiseaux qu'en une journée de montagne, et l'on comprend d'un seul regard comment la plaine irriguée, la ripisylve et les collines s'emboîtent.
L'été, l'accès aux massifs est réglementé

Ces milieux secs sont aussi des milieux inflammables. Chaque été, l'accès aux massifs forestiers des Alpes-de-Haute-Provence est encadré par un arrêté préfectoral : selon la sécheresse, le vent et la température, la circulation et le stationnement dans les massifs sont autorisés, limités à la matinée, ou totalement interdits.
Le niveau de risque est réévalué chaque jour et publié la veille au soir par la préfecture, massif par massif. Il ne s'agit pas d'une recommandation mais d'une règle, et elle peut changer d'un jour à l'autre. Prenez le réflexe de la vérifier le matin de votre sortie ; en saison, le bureau d'information touristique la relaie et vous renseigne sur les itinéraires ouverts.
Les réflexes qui protègent la forêt
Vérifier le niveau de risque du massif le matin même, avant de partir.
Aucun feu, aucun barbecue, aucune cigarette en zone naturelle, y compris sur les aires aménagées.
Se garer sans jamais bloquer une piste : ce sont les accès des pompiers.
Partir tôt et emporter de l'eau : la chaleur de l'après-midi est le principal motif de secours en été.
Devant une fumée, même faible, appeler le 18 ou le 112 et localiser précisément le départ de feu.
Prolonger la découverte
Ici, la nature ne se visite pas à part : elle est dans les chemins qui montent derrière les villages, dans les vergers, dans les champs de lavande et jusque dans la cuisine. Toutes les pages du site se répondent, et chacune éclaire un morceau de ce même paysage.